Huile d'olive : retour à l'équilibre sur un marché mondial qui se reconfigure

Un cycle de pénuries qui se referme

La campagne 2024/25 marque une inflexion nette dans un secteur qui venait de traverser deux saisons particulièrement difficiles. Selon le Conseil oléicole international (COI), la consommation mondiale d'huile d'olive s'établit à 3 215 000 tonnes sur la campagne 2024/25, en hausse de 15,3 % par rapport à la campagne précédente, signe que la demande mondiale, un temps compressée par des prix records, reprend son souffle. Les projections pour 2025/26 anticipent une progression supplémentaire de 1 %, à 3 248 000 tonnes. Sur trente ans, la consommation mondiale a quasiment doublé depuis la campagne 1990/91, une trajectoire qui illustre la marche irrésistible de l'huile d'olive hors de ses bastions méditerranéens historiques.

Consommation mondiale d'huile d'olive — source COI (× ~2 depuis 1990/91)
CampagneConsommation mondialeVariation sur 1 an
2024/253 215 000 t+15,3 %
2025/26 (proj.)3 248 000 t+1,0 %

Cette reprise de la consommation est la conséquence directe d'une meilleure disponibilité du produit. La production, après les à-coups climatiques qui avaient grevé les récoltes espagnoles et italiennes en 2022/23 et 2023/24, remonte sur les principaux bassins. L'Espagne, qui représente à elle seule près de 40 % de la production mondiale en année normale, a retrouvé des niveaux de récolte plus conformes à son potentiel. La Grèce, la Tunisie, le Maroc et la Turquie ont également contribué à reconstituer les volumes disponibles, même si les aléas climatiques restent une variable permanente dans un secteur dépendant de la pluviométrie hivernale et des températures du printemps.

Principaux pays producteurs, campagne 2024/25 — source COI
PaysProduction 2024/25Variation sur 1 anPart mondiale
Espagne1 419 000 t+66 %≈ 40 %
Turquie505 000 t+135 %≈ 14 %
Tunisie340 000 t+55 %≈ 10 %
Grèce250 000 t+30 %≈ 7 %
Italie248 000 t−25 %≈ 7 %
Monde3 572 000 t+38 %100 %

La correction des prix : nécessaire et partielle

La période janvier-février 2026 confirme un mouvement de baisse des cours, après les sommets historiques atteints en 2023 et 2024. D'après les données du COI, le prix de l'huile d'olive extra vierge sur la place de Bari (Italie) s'inscrit à 650 euros les 100 kilogrammes en début 2026, soit une correction de 30,9 % sur un an. À Jaen, principal centre de référence espagnol, le cours atteint 407 euros les 100 kilogrammes (-2,5 % sur un an). À Chania, en Crète, la baisse est de 5,5 % pour un prix de 430 euros les 100 kilogrammes.

Prix de gros, huile extra vierge, début 2026 — source COI
Place de cotationPrix / 100 kgVariation sur 1 an
Bari (Italie)650 €−30,9 %
Chania, Crète (Grèce)430 €−5,5 %
Jaén (Espagne)407 €−2,5 %

Cette correction est réelle mais doit être interprétée avec soin. Les niveaux actuels demeurent substantiellement plus élevés que ceux observés avant le choc de pénuries de 2022-2023. La baisse ne signifie pas un retour à l'huile d'olive bon marché : elle signifie plutôt que les acteurs du marché, producteurs comme importateurs, ont absorbé une partie du choc, et que les marges de négociation se reconstituent progressivement. Pour les catégories premium et ultra-premium, huiles à appellation contrôlée, huiles de première pression mécanique de domaines identifiés, la correction est nettement moins prononcée : la rareté de l'excellence reste structurelle, indépendante des cycles de récolte ordinaires.

Du côté des échanges internationaux, les importations mondiales d'huile d'olive ont augmenté de 15,1 % sur les mois d'octobre et novembre 2025 par rapport à la même période de l'année antérieure, à l'exception notable de la Chine et des États-Unis qui ont marqué un recul. Cette divergence entre marchés illustre la fragilité de la demande dans des pays où la culture de l'huile d'olive reste récente, et la solidité des marchés où elle est déjà ancrée comme standard alimentaire.

La géographie de la consommation se redessine

Le phénomène le plus structurant des trois dernières décennies reste le décentrement de la consommation mondiale. L'Union européenne, qui représentait plus de 70 % de la demande mondiale au milieu des années 2000, ne pèse plus qu'environ 45 % des volumes consommés lors des campagnes récentes, selon le COI. Cette part reste prédominante, mais la dynamique appartient désormais aux marchés émergents : Amérique du Nord, Asie du Pacifique, Moyen-Orient, et de manière croissante, les pays de l'espace post-soviétique.

L'olivier ne pousse pas en Russie. Cette évidence géographique fonde une réalité économique simple : le marché russe est importateur à quasi 100 % pour l'ensemble des catégories d'huile d'olive. Il ne dispose d'aucune production domestique concurrente, d'aucune industrie de substitution dans ce segment. L'huile d'olive y est, par construction, un produit d'importation, et elle y est perçue comme telle, c'est-à-dire comme un marqueur de qualité, d'ouverture sur le monde méditerranéen et de niveau de vie.

La demande russophone pour les produits alimentaires premium a connu une évolution remarquable au cours de la dernière décennie. Les épiceries fines de Moscou et Saint-Pétersbourg, les chaînes de distribution haut de gamme, les restaurants à carte internationale ont développé une culture du produit d'origine, accompagnée d'une capacité de l'acheteur à distinguer une huile standard d'une huile de domaine, une DOP d'une huile générique de supermarché. Cette sophistication du consommateur n'est pas anecdotique : elle dessine le cadre dans lequel les producteurs premium ont désormais vocation à se positionner.

La lecture AknoTrade

La convergence de plusieurs facteurs crée aujourd'hui une fenêtre d'entrée favorable pour les producteurs premium désireux de s'établir durablement sur le marché russe.

La correction des prix de gros facilite les négociations avec les importateurs et distributeurs russes, qui avaient vu leurs marges se comprimer pendant la période de chertés. Un producteur qui engage une conversation commerciale en 2026 arrive dans un contexte plus ouvert que celui de 2023 ou 2024, sans pour autant sacrifier le positionnement premium : la différence de prix entre une huile générique et une huile de terroir reste parfaitement lisible et justifiable pour le consommateur cible.

La recomposition de la géographie de l'offre mondiale ouvre également des portes nouvelles. Des origines qui restaient confidentielles sur le marché russe, qu'il s'agisse de producteurs grecs de Crète ou du Péloponnèse, d'huiles tunisiennes à haute teneur en polyphénols, d'huiles argentines de la région de Mendoza ou de producteurs chinois du Sichuan ou du Yunnan, qui commencent à exporter des volumes conséquents, peuvent aujourd'hui prétendre à une place dans l'assortiment premium russe. La notion de cépage d'huile, l'équivalent de la variété de vigne dans le monde du vin, la Picual, la Koroneiki, l'Arbequina, la Coratina, l'Aglandau, est progressivement assimilée par les acheteurs professionnels russes, ce qui ouvre la voie à une catégorisation par origine et par profil sensoriel.

Lire une huile comme un vin : les principaux cépages
Variété (cépage)Origine de référenceProfil sensoriel
PicualEspagne (Jaén)robuste, ardent, très stable
KoroneikiGrècefruité vert intense, amer
ArbequinaEspagne, Argentinedoux, fruité mûr, rond
CoratinaItalie (Pouilles)piquant, riche en polyphénols
AglandauFrance (Provence)équilibré, herbacé

Pour AknoVerde, la campagne 2025/26 représente une année de structuration : identifier les producteurs capables d'assurer régularité et traçabilité, négocier des conditions adaptées à un marché importateur qui valorise la fiabilité de l'approvisionnement autant que la qualité intrinsèque du produit, et construire avec les partenaires russes un langage commun autour de la fraîcheur du millésime, de l'amertume et du piquant propres aux huiles riches en polyphénols, et de la date de récolte comme indicateur de qualité équivalent à ce que le millésime représente dans le vin.

L'huile d'olive n'a pas d'avenir en Russie comme produit de masse. Elle a, en revanche, un avenir considérable comme produit de distinction, dans un marché sans production locale, avec un consommateur qui monte en compétence et un segment premium qui reste largement sous-exploité par des acteurs spécialisés. C'est exactement là que se situe l'opportunité.

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